DIRK ONGENAERT ANALYSE DU TRAVAIL DANS UNE PERSPECTIVE D’ART
CONTEMPORAIN
POSITIONNEMENT GÉNÉRAL
Le travail de Dirk Ongenaert se situe à la rencontre de plusieurs territoires :
peinture, matière, métal, oxydation, image et expérimentation technique.
Il ne s’agit donc pas seulement d’un travail pictural au sens classique.
Le point le plus pertinent, dans une perspective d’art contemporain, est son rapport au
support.
L’artiste ne considère pas le métal comme une simple surface destinée à recevoir une
image : il exploite ses propriétés physiques, son vieillissement, son oxydation et sa
réaction avec d’autres matériaux.
Il travaille notamment le corten, l’acrylique et l’époxy. Le processus consiste à peindre
le métal, à laisser l’oxydation intervenir puis à stabiliser le résultat.
C’est probablement sur cette dimension que son travail possède aujourd’hui le
potentiel conceptuel le plus fort.
LE MÉTAL COMME MATIÈRE ACTIVE
Dans beaucoup d’œuvres contemporaines, le support n’est plus neutre.
Chez Dirk Ongenaert, le métal peut justement devenir une matière active.
L’oxydation introduit dans l’œuvre :
• le temps ;
• l’accident ;
• la transformation ;
• l’instabilité ;
• la réaction chimique ;
• une part d’imprévisible.
Le métal commence donc à produire lui-même l’image.
Cette idée est particulièrement intéressante.
Je proposerais de dire :
« Dirk fait du métal l’un des acteurs de l’œuvre. »
Cette formulation change complètement son positionnement.
LE TEMPS COMME MATÉRIAU
Lorsque le corten s’oxyde, l’artiste ne fabrique pas instantanément la couleur.
Il crée les conditions permettant à une transformation de se produire.
Il y a donc une relation entre :
geste de l’artiste + matériau + environnement + durée.
Le temps devient presque un matériau supplémentaire.
Cette problématique est parfaitement compatible avec les préoccupations de l’art
contemporain.
On peut alors lire les œuvres non plus seulement comme des compositions esthétiques
mais comme les traces d’un processus.
CONTRÔLE ET ACCIDENT
Le travail pourrait également être construit autour d’une tension très contemporaine :
CONTRÔLER / LAISSER FAIRE
L’artiste :
peint, découpe, choisit, compose, coule l’époxy.
Mais parallèlement :
le métal s’oxyde, les matières réagissent, des textures apparaissent.
Cette contradiction est extrêmement intéressante :
Jusqu’où l’artiste décide-t-il de l’œuvre et à partir de quel moment accepte-t-il
de perdre le contrôle ?
C’est une question artistique beaucoup plus forte que la simple description de la
technique.
LE PASSÉ INDUSTRIEL DU MATÉRIAU
Le métal possède aussi une histoire.
Dirk Ongenaert a acquis sa connaissance du travail du métal dans un environnement
initialement utilitaire et agricole avant de l’introduire dans sa pratique artistique. Sa
biographie mentionne cette relation ancienne à la métallerie.
C’est un élément important.
Il permet d’introduire une réflexion sur le déplacement :
du matériau fonctionnel vers l’objet artistique.
Le métal utilisé pour fabriquer, réparer, construire ou protéger devient un matériau de
représentation.
Ce déplacement peut donner à son travail une profondeur autobiographique sans
tomber dans le récit personnel.
ENTRE ARTISANAT ET ART CONTEMPORAIN
Dirk revendique également son intérêt pour le fait-main et les savoir-faire.
C’est un axe pertinent aujourd’hui.
Depuis plusieurs années, l’art contemporain réévalue fortement :
• l’artisanat ;
• les techniques manuelles ;
• la matière ;
• les savoir-faire ;
• les procédés industriels ou vernaculaires.
Mais pour fonctionner pleinement dans le champ contemporain, il faut éviter de
présenter uniquement la virtuosité technique.
Le propos ne doit pas être :
« Regardez comme cette technique est originale. »
mais :
« Pourquoi cette technique est-elle nécessaire à ce que l’artiste cherche à dire ? »
C’est une différence essentielle.
LE RAPPORT À L’IMAGE
Une deuxième partie de son travail utilise des images immédiatement reconnaissables :
personnalités, références musicales, lieux ou symboles liés notamment à Ostende.
Plusieurs œuvres rendent hommage à Arno et à la ville d’Ostende.
La ville d’Ostende a d’ailleurs accepté en 2025 plusieurs œuvres de Dirk Ongenaert,
notamment E7, deux compositions de la série E5, OXC6, D18 et D20.
Cela établit un deuxième axe possible :
MÉMOIRE COLLECTIVE / CULTURE POPULAIRE / TERRITOIRE
Arno n’est alors plus simplement le portrait d’une célébrité.
Il devient :
une figure de mémoire locale et collective.
Le travail peut commencer à interroger la manière dont une ville construit ses icônes.
C’est beaucoup plus intéressant artistiquement.
« L’artiste confronte une image contrôlée à un matériau dont la transformation
lui échappe partiellement. »
C’est considérablement plus fort.
DEUX FAMILLES D’ŒUVRES À DISTINGUER
Je distinguerais clairement deux directions.
· LES ŒUVRES DE MATIÈRE
Corten, oxydation, peinture, résine.
C’est selon moi la partie la plus contemporaine et la plus singulière de son travail.
Elle devrait être mise en avant.
· LES ŒUVRES ICONIQUES / FIGURATIVES
Arno, Ostende, références culturelles.
Elles sont immédiatement accessibles et peuvent constituer une porte d’entrée pour le
public.
Mais elles doivent être rattachées à une problématique :
mémoire, territoire, disparition, icône, reproduction de l’image.
Sinon elles peuvent être perçues comme du pop art dérivé ou de la peinture
décorative.
LA SÉRIE ARNO : UN AXE TRÈS INTÉRESSANT
La série consacrée à Arno pourrait devenir beaucoup plus forte si elle était pensée
comme un ensemble plutôt que comme une succession de portraits.
La série E5 comporte par exemple 26 œuvres réalisées à partir d’un même pochoir,
avec différentes compositions.
Conceptuellement, cela ouvre une piste beaucoup plus intéressante :
LA RÉPÉTITION D’UNE ICÔNE
Une même image est reproduite, transformée, fragmentée.
La répétition peut progressivement faire disparaître l’individu au profit du symbole.
On peut alors construire un propos autour de :
la fabrication de l’icône.
Ce serait une direction très contemporaine.
OSTENDE PEUT DEVENIR UN TERRITOIRE ARTISTIQUE
Dirk habite et travaille à Ostende, ville historiquement liée à plusieurs figures artistiques
et culturelles, notamment James Ensor et Léon Spilliaert.
Il fait d’Ostende un véritable terrain de
recherche :
la mer,
le sel,
le vent,
la corrosion,
le métal,
les infrastructures portuaires,
les façades,
la disparition,
la mémoire,
Arno.
Et soudain l’oxydation du métal prend une autre dimension.
Elle n’est plus seulement une technique.
Elle devient presque une matérialisation du paysage maritime.
UN AXE CONCEPTUEL POSSIBLE
Je pense qu’il existe une formulation particulièrement intéressante pour Dirk :
CORROSION / MÉMOIRE
Le métal conserve la trace de son exposition au monde.
La mémoire fonctionne de manière comparable.
Elle transforme progressivement les images.
Avec le temps, certaines parties disparaissent, d’autres demeurent.
Cette relation pourrait devenir la colonne vertébrale de son travail.

